Le discours esthétique dans la presse musicale française, 1900-1940: une anthologie 

Sous la direction de Federico Lazzaro

Les études qui constituent les deux séries de cette anthologie commentée (anciennement appelée « Anthologie du PHEM ») font partie du projet « Histoire de l’esthétique musicale en France, 1900-1950 » (PHEM). Chaque article affronte un thème phare du discours esthétique dans la presse (série « Mots clés ») ou la contribution d’un musicographe à ce discours (série « Musicographes ») à travers une sélection d’articles présentés en édition critique. Le commentaire analyse les textes édités tout en les mettant en relation entre eux et avec les autres articles reliés retenus dans le travail de dépouillement pour le PHEM (le corpus du projet, en constante expansion, est accessible ici).

L'anthologie s’enrichit régulièrement de nouveaux articles qui paraissent dans la Revue musicale OICRM et sont accessibles via les liens qui se trouvent sur cette page.

Note sur les transcriptions

Dans la transcription des textes, nous adaptons tacitement la ponctuation, l’usage des majuscules, des italiques et des guillemets aux normes typographiques modernes. La graphie originale des noms est respectée. Toute autre intervention est signalée en note. Les paragraphes sont numérotés pour faciliter le repérage des passages cités ou glosés dans le commentaire qui précède la transcription des textes. Les coupures sont indiquées par « […] » ou bien remplacées par un résumé de leur contenu présenté en italique et entre crochets.

Série « Mots clés » :

  1. « Internationalisme, Cosmopolitisme » (par Judy-Ann Desrosiers et Federico Lazzaro), Revue musicale OICRM, vol. 4, no 2 (2017), http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol4-n2/internationalisme-cosmopolitisme/.

    Les rapports entre musique et internationalisme (ou cosmopolitisme) constituent une des questions cruciales du débat musicographique parisien dans l’entre-deux-guerres. Les trois articles sélectionnés expriment trois positions très différentes et articulées : l’universalisme francocentrique, la condamnation de l’internationalisme considéré comme illusoire et l’utopie cosmopolite. À une époque traversée par l’idéal d’une coopération internationale pacifique et par les nationalismes les plus exacerbés, les discours développés dans ces articles permettent de faire la lumière sur les enjeux politiques et esthétiques qui sous-tendent le débat musical.
  2. « Bergsonisme » (par Margaux Sladden), Revue musicale OICRM, vol. 6, no 1, 2019, http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol6-n1/bergsonisme/.

    Cette étude entend rendre compte du succès rencontré par la figure de Henri Bergson dans le domaine musical durant la première moitié du XXe siècle. Dans la presse généraliste comme dans les revues musicales spécialisées, à travers l’utilisation de notions forgées initialement par Bergson – telles la « durée » ou l’« intuition » –, un cadre théorique est élaboré, menant à la redéfinition de l’œuvre musicale et à la défense d’une esthétique moderniste. Les trois articles sélectionnés correspondent à trois moments importants de l’assimilation de la philosophie bergsonienne dans le domaine musical, depuis les premiers jalons conceptuels posés par Louis Laloy en 1914 jusqu’à la récupération des idées phares de Bergson, désormais entrées dans le vocabulaire courant, par le compositeur Désiré Pâque en 1935.
  3. « Écrits de compositeurs, médias et publics dans les années 1930. À propos des échanges sur le public de l’opéra entre Max d’Ollone et Charles Koechlin » (par Michel Duchesneau), Revue musicale OICRM, vol. 7, no 1, 2020, https://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol7-n1/dollone-et-koechlin/

    En explorant les échanges entre deux compositeurs, Max d’Ollone et Charles Koechlin dans Le Ménestrel et Le Monde musical en 1932, nous interrogerons leur conception du public de la musique afin de mieux comprendre la manière dont ils défendent une position artistique, voire esthétique. D’Ollone soulève la question à savoir si les compositeurs doivent prendre en compte les goûts du public pour avoir du succès dans un contexte de crise du répertoire à l’opéra. Il n’en faut pas plus pour que Koechlin réagisse et propose une singulière catégorisation des publics qui tient à la fois compte des conditions sociales et des sensibilités de l’écoute. En se servant de leur pouvoir « médiatique » par l’entremise de revues musicales réputées, ils ne cherchent pas moins à influencer les points de vue, notamment en matière de goûts musicaux. L’intérêt de cet échange ne se limite pas au duel des compositeurs et des revues, car le directeur de l’Opéra-Comique, Georges Ricou, se mêle à la réflexion par l’intermédiaire du musicologue Paul Bertrand, chroniqueur dans Le Ménestrel.
  4. « “La musique et le sport”. Une enquête du Guide du concert » (par Federico Lazzaro), Revue musicale OICRM, vol. 8, no 1, 2021, p. 185-209. http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol5-n2/margat/

    En 1924, année des Jeux olympiques de Paris, Le Guide du concert lance l’enquête « La musique et le sport ». Les très nombreuses réponses publiées permettent de dresser un portrait de ce que le milieu musical de l’époque pensait des rapports (im)possibles ou (in)existants entre les domaines du corps et de l’esprit.

Série « Musicographes » :

  1. « “Critiques musicaux de jadis et de naguère” : Raymond Bouyer, la musique et l’art » (par Michel Duchesneau), Revue musicale OICRM, vol. 4, no 2, 2017, http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol4-n2/raymond-bouyer/.

    Écrivain et critique d’art, Raymond Bouyer (1862-1939?) aura une activité de chroniqueur musical intense notamment au Ménestrel de 1898 à 1939. S’interrogeant notamment sur la pratique de la critique musicale, Bouyer publie dans Le Ménestrel en 1909 une série d’articles sur la situation de la critique musicale face à l’histoire de la critique d’art. Convoquant le monde grec qui occupe depuis un certain temps déjà l’esprit des musiciens, le critique se penche sur une généalogie de la critique pour en tirer un certain nombre de conclusions sur la critique moderne, rappelant qu’elle possède au moins une constante : l’autoréférentialité (« en dépit des progrès de l’érudition, chaque époque de l’art juge à son point de vue… c’est humain ! »).
  2. « Variations… sur Yves Margat (humour estetico) » (par Federico Lazzaro), Revue musicale OICRM, vol. 5, no 2, 2018, p. 149-179. http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol5-n2/margat/

    Les 126 « Variations… sans thème » publiées par Yves Margat dans Le Guide du concert entre 1934 et 1939 sont une source précieuse pour l’étude du discours sur la musique en France dans cette période de crise économique, culturelle et politique. Les billets humoristiques de Margat ironisent à la fois sur la place de la musique dans la société parisienne et sur la crise du langage et de l’écoute musicaux. Margat construit sa crédibilité de faiseur d’opinion par son professorat (ses cours d’harmonie sont amplement publicisés par la revue qui publie sa rubrique hebdomadaire) et, réciproquement, promeut son enseignement comme solution aux maux qu’il dénonce, ce qui donne à ses billets un statut digne d’être problématisé.